POUVOIR EN AFRIQUE : L’ALTERNANCE BEGAIE !

26 août 2013 0

Un demi siècle après les indépendances nominales des Etats nations africaines créées de toutes pièces par l’Occident colonial, les populations du continent continuent de rêver de la démocratie telle qu’elle se manifeste dans le monde, y compris sur les continents qui ont en commun avec l’Afrique, le sous-développement.

Passés de la servitude coloniale à l’appauvrissement organisé par les pouvoirs mandataires néocoloniaux, les peuples africains, aujourd’hui proches du néant de leur condition, et depuis le fond de leur vallée de misère, aspirent vainement à l’alternance du pouvoir politique dans leurs pays respectifs, en se demandant s’ils ne sont pas maudits, tant il devient chaque jour plus évident que cette alternance est impossible sans la force.

Au commencement il y a eu ces partis uniques, qui embrigadaient les citoyens pour les empêcher de contester leurs dirigeants illégitimes imposés de l’extérieur en même temps que la nature et la forme des Etats, en conformité avec leur mission néocoloniale. Mais l’intelligence et la psychologie des hommes sont comme du gaz dans une bouteille de verre. S’il est trop compressé, soit le bouchon de la bouteille saute, soit la bouteille explose.

Avant et après 1990 qui marque notoirement le retour apparent du pluralisme, des bouchons ont sauté ça et là avec les putschs militaires qui ont illusionné des peuples quelques semaines ou quelques mois durant, avant que les « Hommes forts » ne rebouchent la bouteille. La nouvelle espérance apportée par le fameux « vent d’Est » a été vite balayée malgré les « Conférences nationales souveraines » et autres « Tripartites »… qui prétendaient restaurer la gouvernance démocratique. On aura ainsi vécu le plus grand leurre de l’Histoire politique africaine depuis les indépendances fictives des années 60.

Car, en fait de multipartisme renaissant, on a vu plutôt s’installer un monolithisme pluriel dominé par les mêmes dérives autoritaires, tandis que par la ruse « électorale » substituée à la cœrcition, les dictatures sont sorties des urnes plus renforcées qu’auparavant, le subterfuge du suffrage universel leur donnant une légitimité frauduleuse certes, mais logiquement inattaquable.

Il résulte de ceci deux situations tragiques. D’une part les partis d’opposition -très souvent d’ailleurs de simples excroissances du Parti gouvernant, et nostalgiques de la mangeoire monolithique – sont réduits simplement à s’agiter beaucoup sans utilité, comme la mouche du coche dans la fable de La Fontaine. En guise d’activité, ils se livrent à un misérabilisme éhonté dans le champ politique qu’ils encombrent ; d’autre part, les peuples émasculés et impuissants, en proie à une misère rampante et ravageante, en est à attendre une alternance qui viendrait même du diable…mais qui ne vient pas. Même lorsque les hommes changent, le système reste immuable et écrasant comme une chape de plomb.

Et c’est ici qu’apparaît le paradoxe typiquement africain de l’alternance qui bégaie, et dont le bégaiement donne justement le SIDA à la démocratie en Afrique. La transparence douteuse des élections qui sont organisées ne permet pas le renouvellement de la classe politique. Les consultations électorales, truquées en amont dans les règles et en aval dans les résultats, transforment en une réalité cynique le rêve pouvoiriste de leurs organisateurs, donnant désormais lieu sur le continent à une étrange et dangereuse coi¨ncidence, entre d’un côté, des consultations populaires apparemment démocratiques et dites « transparentes », et de l’autre, l’instauration, en République pourtant, d’un pouvoir dynastique.

Il ne suffit plus que se concrétise au fil des élections, la théorie de Denis Sassou Nguesso selon laquelle» « un gouvernement n’organise pas une élection pour la perdre ». Le pouvoir doit être désormais héréditaire. Par les armes ou par les urnes, Kabila fils doit succéder à Kabila père en RDC, Gnassingbé fils à Gnassingbé père au Togo, Bongo fils à Bongo père au Gabon, Kadhafi fils à Kadhafi père en Libye, Wade fils à Wade père au Sénégal, Sassou fils à Sassou père, et demain probablement Frank Biya à Paul Biya au Cameroun ;

Les dictionnaires français disent que la coïncidence est le fait pour deux éléments ou événements de se produire simultanément. La coïncidence peut être voulue ou recherchée

JBS

Leave A Response »